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UN 14 JUILLET DIGNEMENT FETE

Publié le vendredi 19 juillet 2019 par Mairie

Ce 14 juillet 2019 a été particulièrement marqué à Vanosc. Après avoir assisté à la remise de médailles et promotions à Ardoix lors de la revue des pompiers d’Annonay Rhône Agglo, les élus ont déposé une gerbe au monument aux morts.

Après le discours du maire, Dominique MAZINGARBE a lu un texte fort intéressant sur la prise de la Bastille. (cf ci-dessous)

La Vanaude a proposé un pique-nique républicain etde belles animations sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement.

Dominique Mazingarbe lit un texte sur le 14 juillet 1789

DISCOURS LU PAR LE MAIRE

Célébrer le 14 juillet c’est en effet d’abord célébrer un des moments les plus importants de notre histoire, ce jour de 1789 où, prenant la Bastille, le peuple se libère du joug de la monarchie et devient acteur de son destin politique.

Célébrer le 14 juillet c’est aussi mettre à l’honneur la République , notre République, avec ses valeurs portées par la Révolution française, ensuite devenues celles de notre nation tout entière.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la liberté de la presse, la liberté d’association, l’instruction laïque, gratuite et obligatoire, la séparation des Églises et de l’État, la liberté syndicale, le suffrage universel… tous ces principes découlent de l’acte révolutionnaire fondateur que représente symboliquement la prise de la Bastille. Ils donnent corps au pacte républicain.

Ce pacte nous est extrêmement précieux. En ces temps qui résonnent d’intégrisme, d’intolérance, de violences, de perte de valeurs, célébrer le 14 juillet est donc l’occasion de réaffirmer notre attachement à un bien d’autant plus précieux qu’il reste rare et que nul ne peut affirmer qu’il nous est à jamais acquis.

L’actualité nous le démontre trop fréquemment. Nos valeurs communes, celles qui fondent notre nation, sont attaquées. Et notre volonté de coexister en paix est remise en cause.

La République vaut que l’on se batte pour la préserver, pour l’enrichir, pour la conforter.

La République n’est, en effet, pas seulement une forme de gouvernement. C’est une éthique. C’est la volonté que les règles de vie en commun soient élaborées par ceux auxquelles elles s’appliquent selon des règles démocratiques qui ne répondent pas « à la loi du plus fort ». La République c’est l’exigence de l’égalité, de la laïcité, et donc du respect des différences dans un cadre commun fait de valeurs, de lois et de règles d’éthiques.

C’est aussi et enfin la Fraternité, la solidarité avec le magnifique héritage du CNR dont la sécurité sociale et de nombreux autres dispositifs. Cet esprit de fraternité est notamment porté par de multiples associations Secours Populaire, secours catholique, Emmaüs, Resto du cœur, DUDH et tant d’autres comme les acteurs du service public dans les hôpitaux, les EHPAD, les pompiers, les enseignants…

A Vanosc nous avons donné à différents lieux de beaux noms républicains ; Jean Moulin, Raymond Aubrac, Mémona Hinterman, place des Droits de l’Homme.

A travers le nom de deux résistants célèbres c’est à l’ensemble des Résistants qui ont pris des risques et pour de trop nombreux qui ont payé de leur vie pour NOTRE LIBERTE, qu’on rend un hommage mérité..
Pour la République les chambres à gaz ne seront jamais un détail de notre histoire

Nous avons tous, élus comme citoyens, un devoir de vigilance et de responsabilité pour défendre ce cadre commun, ce pacte républicain, et promouvoir ce qui nous unit plus que ce qui nous divise. Ne tombons pas dans l’inquiétude et le pessimisme, mais sachons nous mobiliser pour défendre notre fière et belle France.

Vive la Liberté, vive l’Egalité Vive la Fraternité

Vive le 14 juillet, vive la République et vive la France !

TEXTE de Eric VUILLARD extrait de La Guerre des pauvres lu par Dominique MAZINGARBE

(le livre la guerre des pauvres est disponible à la bibliothèque l’Elan)

La rue Saint-Antoine éventre la Bastille. On dirait qu’un immense bélier s’apprête à la forcer. De toutes parts, la ville abonde, ruisselle. On se cache des coups de feu….. La Bastille est enveloppée par l’humanité. Mais ce ne sont pas les hordes débonnaires qui vont au champ de foire et s’en reviennent ; c’est une multitude armée de piques, de broches, de sabres rouillés, de haches, de vieux canifs, de mauvais fusils, de pilums et de tournevis. Les armes étincellent, dans un brouhaha extravagant, confusion de voix et de cris.
L’assaut commença de partout et de nulle part, il se fit aussi bien coup de fusil que de caillasse. Les cris jouèrent leur rôle. Les jurons jouèrent leur rôle. Ce fut une grande guerre de gestes et de mots. Lafoule mouvante, expressive, lançait des pierres et de vieux chapeaux. Ça faisait un horrible tintamarre, jurements. Les soldats, l’ordre qu’ils représentaient, étaient traités de tous les noms : cul-crottés, savates de tripières, pots d’urine, bouches-à-bec, louffes- à-merde, boutanches-à-merde, et toutes les choses-à-merde, et toutes les couleurs-à- merde, merdes rouges, merdes bleues, merdes jaunilles. Et cela fusait avec gouaille. Quand soudain, un nouveau coup de feu partit du haut des tours. Comme le matin, on courut se mettre à l’abri, les visages étaient en sueur. Un homme se traînait par terre au milieu de la cour. Il s’appuya un instant sur le coude et gémit. Derrière les portes, sous les porches, la foule se mit à pousser un râle sourd. Ce bourdonnement montait vers les murailles ; il semblait venir des rues abandonnées, des places vides. Le blessé gisait immobile, avec de longs cheveux noirs. Le soleil ajoutait à l’impression de désolation. Et puis le marmonnement devint intelligible. La foule scandait d’une voix grave : “Assassins ! Assassins !” Les gens ressortirent lentement de sous les auvents, d’un peu partout ; de petits groupes se détachaient de l’ombre, et criaient de plus en plus fort : “Assassins !” La parole ne laisse pas de trace, mais elle fait des ravages dans les cœurs. On se souvient toute une vie d’un mot, d’une phrase qui nous a touchés. À l’intérieur de la forteresse, les soldats reculèrent en une oscillation insensible. Ils éprouvèrent une impression terrible de solitude. Les murailles humides, noires, n’étaient plus une protection ; elles les enfermaient.
À partir de ce moment, on ne comprend plus rien. Les lieux vacillent, le temps meurt. Tout se précipite. Un jeune épicier observe qu’il serait aisé d’atteindre le chemin de ronde, au sommet du mur de la contrescarpe. Ce chemin faisait le tour du fossé ; de là, on pourrait sauter dans la Cour du Gouvernement. Jean-Armand Pannetier, c’est son nom, laissera une petite relation de sa journée, et retombera aussitôt dans le néant. Mais à ce moment, le mardi 14, il est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Comme il est de grande taille, il se plante contre la muraille et fait la courte échelle. Le charron Tournay monte le premier. Il porte un gilet bleu. Il a vingt ans. Huit à dix autres le suivent. Ils enjambent une échoppe qui sert de remise à un débitant de tabac. La foule les apostrophe, on rigole, on les encourage. Il y a un raffut inouï. Tournay grimpe sur le toit du corps de garde. Des copains le hèlent, le vent fait bouffer son gilet.
Je désire, j’imagine, qu’à cet instant, le charron Louis Tournay ait été lui-même, seulement lui-même, vraiment, dans son intimité la plus parfaite, profonde, là, aux yeux de tous. Ce fut pour un court instant. Quelques pas de danse sur un toit de tuiles. Une série de déboulés, la tête libre, haute, puis un chapelet de battements, de piqués, de pirouettes même. Ou plutôt, non, ce furent des pas très lents, de petites glissades, des pas de chat. Soudain, Tournay, sous le grand ciel, dans le jour gris et bleu, oublie tout. Le temps meurt un instant en lui. Il vacille près d’une cheminée. Les gens craignent qu’il tombe. Oh ! Il s’accroupit sur la pente intérieure du toit, les tuiles lui brûlent les mains ; on ne le voit plus. Il est seul. La Cour du Gouvernement est vide, face à lui. Il est alors juste une ombre, une silhouette. Les soldats sur les tours le regardent. Il saute dans la cour.
Là, il est encore plus seul. Il accomplit un devoir étrange. Personne ne sait de quoi la liberté est faite, de quelle façon l’égalité s’obtient. Louis Tournay, le charron, le jeune homme de vingt ans, est passé de l’autre côté de la vie. Il n’est pourtant rien qu’un petit morceau de foule tombé là, tout seul, dans la Cour du Gouvernement. La cour est large, horriblement. Tournay frissonne. Qu’est-ce que je fais là ? se dit-il. Il fait quelques pas sur les gravillons. Peut-être que malgré le bruit, il entend crisser la plante de ses pieds sur le sol des rois. À sa droite, il y a l’Hôtel du Gouvernement qui a été abandonné par les soldats de la forteresse. Les bâtiments sont déserts. On dirait qu’ils sont vides depuis toujours. En face, c’est l’avenue de la grande cour, le passage qui conduit au dernier pont- levis ; ce petit couloir mène de l’Ancien Régime vers autre chose. Une fois parcouru l’isthme, une fois franchie cette fine bande de pierre au bout de laquelle se trouve la porte cadenassée de la citadelle, on ne voit qu’un trou noir.


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